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LA LÉGENDE DU CAP DE LA BOULE

Cette Chronique en est une spéciale… elle se déroule en octobre 2007 

Je dois vous mettre en garde tout de suite, j’ai commencé à écrire cette chronique au lendemain de l’halloween, à l’aube du mois des morts et avant que les étoiles de Noël ne brillent. Et à ce moment, mon goût pour le suspense prenait le dessus et je vous offre donc une chronique plutôt sombre.  Vos amis pourrons dire : « je te jure, c’est arrivé à l’ami de mon ami ». Et les personnes qui travaillent encore auprès des jeunes se feront un plaisir de faire de cette histoire une légende. La mise en contexte est plutôt longue mais l’histoire Oh combien intéressante…patientez. Assoyez vous seul, en soirée, fermez les lumières et laissez vous vaincre par l’incertitude, je vous offre ce soir une chronique angoissante. Prenez une petite heure et accompagnez-moi car vous auriez pu ne plus jamais avoir ce privilège. L’histoire s’est passée il y a plus de 3 mois…mais j’ai dû m’appliquer afin de pouvoir vous mettre dans l’ambiance. Maintenant…Lisez, et laissez votre imaginaire créer vos propres images…aussi sombres puissent-elles l’être! Savourez chaque mot, mettez vous dans l’ambiance. Étant donnée la longueur de cette chronique, je fonctionnerai différemment en vous envoyant la chronique en partie détachée pour garder votre intérêt.

Soumis à la société des jonquièrois, ex-jonquièrois …et leurs amis, la présente chronique- s’intitule « La légende du Cap de la boule »  (PART I- THE INTRODUCTION)

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12 octobre 17 :00, j’appuis sur le piton off de mon ordi…Enfin ! Après un été complètement fou au travail, je quitte le bureau pour deux semaines, c’est en ce vendredi que commencent mes vacances. Elles sont bien méritées si on considère que les dernières datent du milieu de l’été et que je les ai passées à me faire opérer.

Tout ce que je veux c’est décrocher….  Décrocher de la ville, décrocher du travail, du stress, de l’appart, de la routine, de la pollution….me ressourcer quoi ! Quoi de mieux que de se retirer en bonne compagnie, au fin fond d’une forêt, qui est déjà retirée au fin fond de la civilisation au plus creux des creux là où personne ne nous entends….et ce même en cas de besoin. Ah oui ! Je respire déjà mieux rien que de penser que demain je quitte l’île de Montréal et qu’après demain, je serai complètement engloutis dans les méandres de la forêt boréale à quelques 500 mètres d’altitude.

Samedi 13 octobre 13h : 00, Matieu, un ami, (31 ans, 5 et 10, cheveux bruns, vraiment smart, cool, sans pression, différent, apaisant, amusant, intelligent et très bon ami du moment) sonne à la porte. J’envois la main à Lucie sa sœur (un peu plus que seulement sa sœur, une amie … 34 ans, de longs cheveux bruns ondulés, sexy, indépendante, ricaneuse, chevronnée) qui est au volant de sa mazda. Je cris à mes colocs Dany et Prudence (vous les connaissez) pour les avertir que le lift est arrivé. Aussitôt dit, nos 3 sacs sont dans le coffre de la voiture de Matieu. Un dernier petit briefing entre Matieu et Lucie pour s’assurer qu’on ne se perdra pas de vue d’ici le Saguenay puisque nous sommes dans 2 voitures séparées. Et nous voilà partie en direction de ma chaumière familiale, notre dernier arrêt pour faire le plein d’énergie avant de partir pour notre « hicking » de 30 km sur la rive nord du fjord du saguenay.

Samedi 5h plus tard, nous venons tout juste de déposer Prudence chez ses parents à Jonquière. Moi, Dany, Matieu et Lucie faisons notre entrée chez mes parents qui nous attendent impatiemment auprès de cette table digne d’un festin de roi. Nous prenons donc place devant une bonne coupe de vin et une tourtière du Lac (s’il vous plaît !), le vin coule à flot, les histoires se succèdent, la compagnie est bonne, la soirée est parfaite (quoique un peu trop arrosée… dans mon cas). Une soirée digne d’une dernière soirée…le genre de soirée que tu voudrais avoir si tu n’avais qu’une seule soirée à passer….encore vivant.

Dimanche 14 octobre 9h30 du mat. Les petits sont pactés, nos 5 protagonistes sont en voiture…direction Tadoussac. Première étape, aller porter la voiture au point B (Tadoussac) afin d’avoir une voiture à la fin de notre randonnée. Deuxième étape, embarquer tous dans une seule voiture pour se rendre au point A (l’Anse creuse) afin de commencer à cette endroit précis, notre randonnée.

11h 30- quelques 130 km plus loin. Nous voilà qui découvrons le splendide paysage de Tadoussac. C’est moi qui organisais cette randonnée…et je n’ai vraiment aucune idée de la place où nous devrions garer la voiture. Je demande donc à Matieu de s’arrêter au guichet d’informations touristiques. Je débarque de la voiture. J’arrive, suivi de prêt par mes amis,  devant cette femme sympathique, quelque peu boulotte aux joues saillantes, qui vient tout juste de suivre une formation (et fière à part ça !) et qui est membre de la SEPAQ (Société des établissements de plein air du Québec…et j’ajouterais : qui essaient de s’organiser tant bien que mal):

-      « Bonjour Madame, on commence une randonnée aujourd’hui, on va partir de l’Anse creuse et revenir à Tadoussac. Pouvez-vous me dire à quel endroit nous devrions garer la voiture ? » (Évidemment le discours n’est pas mot à mot…je parle un peu moins bien que ça)

-         «Vous avez réservés vos refuges? Celui de Anse creuse et celui de Anse à la boule »

-         «  On a seulement réservé le refuge de Anse à la boule »

La dame me regarde avec un air déjà inquiet et m’explique à l’aide d’une carte plastifiée :

-      « Mais ça ne marche pas tout ça ! Il est beaucoup trop tard pour que vous partiez. Dans ma formation on m’a dit de conseiller aux gens de partir avant 11 heures AM, il est déjà passé cette heure et en plus vous devez vous rendre à l’Anse creuse qui est à environ 45 minutes en voiture. Ce qui veut dire que vous ne partirez pas avant 13h et que si votre premier arrêt est à l’Anse à la boule, vous devrez marcher à la noirceur ! »

-         «  PFFFF, ben on va marcher à la noirceur 

Je me tourne vers mes 4 comparses pour aller chercher leur approbation. Silence de mort, on entend la boulotte respirer. Mes amis ne semblent pas certains. Bon ok, je comprends que j’ai eu un problème d’organisation….mais en même temps, je ne suis pas venu de Montréal pour rien quand même ! L’aventure c’est comme ça non !? L’inquiète joufflue reprend donc la parole :

-         «  Ce qu’on me conseille dans la formation c’est de proposer d’allonger votre séjour d’une journée et que vous couchiez une journée à l’anse creuse, ce qui vous ferait un 2.5 km la première journée, la deuxième à Anse de la boule pour un 13.5 km et la troisième vous revenez à Tadoussac »

-         « Impossible, certains d’entre nous on des obligations…il faut être revenu le lundi au soir »

-         « Sinon, c’est sûr que vous allez marcher à la noirceur et croyez-moi (– dit-elle en avançant son œil gauche vers moi avec un aire de pigeon apportant la mauvaise nouvelle) quand il fait noir en forêt….. il fait noir… »

-         «  Bon, si on calcule qu’on couche à Anse à la boule ce soir, ça fait 16 km en une journée…combien de temps ça prends faire 16 km ? »

-         « Vous savez que dans ma formation, on m’a appris que c’est une randonnée pour les experts, donc pour ceux qui font environ 10 randonnées par année (des coureurs des bois qu’on dit). Faire le 16 km, ça va vous prendre environ entre 10 et 15 heures, vous n’êtes pas arrivée avant 10 h ce soir. Et le soleil se couche à 18h34….ça va vous faire un bon 4 heures dans la noirceur la plus totale. Avez-vous des lampes de poches ? »

Je me tourne vers mes amis…..enfin ce qui en reste car, même s’ils n’en disent rien,  ils n’ont pas l’aire épatée par mes talents d’organisateur. Matieu répond positivement. Il est le seul à avoir une lampe de poche. La dame sympathique qui me fait présentement complètement chier car elle est entrain de briser mon voyage reprend de plus belle :

-         « Une seule lampe de poche pour vous 4 c’est pas assez, y’a Rossy qui ouvre ces portes à 13h…mais si vous attendez jusque là, vous allez trop marcher longtemps dans la pénombre…et vous savez dans ma formation on…. »

Je me tourne vers ma gang. Pu capable d’entendre parler de sa formation. Quelques petits regards complices…

Matieu est prêt, Dany aussi, Prudence et Lucie garde le silence. Après un consensus, on décide de partir en randonnée, malgré les nombreux conseils. On tourne donc le dos à notre « amie formée »…..

-         « Attendez, dans ma formation (évidemment !), on conseille aux gens de partir avec la carte, elle coûte seulement 8 $ 

Je me tourne, lui donne le 8$, et prends la carte. Elle me regarde et rajoute :

-         « Vous en aurez besoin. »

J’ai un frisson, mais ça me stimule. Je remarque bien que Lucie et Prudence semblent inquiètes et j’ai tout le long du chemin pour les rassurer. L’atmosphère dans la voiture est tendue. Prudence me les casses royalement avec son excès d’inquiétude. Plus elle se pose de questions à voix haute, plus Lucie se mange les lèvres …silencieuse mais immanquablement sceptique. Cette dernière explique que de marcher à la noirceur ne l’inquiète pas du tout, c’est plutôt qu’elle se demande si elle à la forme. Nous la rassurons tous….sauf Prudence qui semble perdue dans sa tête et qui essaie, à l’aide de son cellulaire, d’avertir tous les gens des villages environnants que nous partons en randonnée, mais en vain car la ligne ne se rend pas ici. Donc nous rassurons Lucie, qui a déjà retrouvé le sourire et son tempérament d’aventurière. Prudence quant à elle, a les yeux exorbités de la tête, se mange les doigts, regarde le ciel en murmurant, ce qui me laisse croire qu’elle manque assurément de réconfort. La tâche est donc des plus difficiles. On s’y met à la gang pour réconforter Prudence, mais rien ne va plus. Elle va même jusqu’à offrir à Lucie de ne pas aller en randonnée, elle appellerait son père qui pourrait venir les chercher. Lucie refuse sur le champ. Et je me tourne vers Prudence pour jouer avec son orgueil ;

-         «  En tout cas Pru, pour une fille qui se ventait y’a pas plus tard qu’un mois qu’elle était tout autant une fille de bois qu’une fille urbaine, tu nous prouves tout le contraire »

-         «  Ouais mais….tu sais comment que j’suis, faut que tout soit organisé »

-         «  Bon c’est vrai que j’ai manqué d’organisation…mais l’aventure dans le fond c’est ça…ça va être cool de marcher dans le noir »

-         « Ben moi j’trouve pas ça cool…j’ai la chienne dans le noir »

Dany est assis à l’arrière avec la carte routière

-         « J’pense qu’on s’est trompé de route »

Matieu qui conduit lui répond

-         «  j’pense bien que t’as raison, t’a l’heure on a pas passez par ici…Les Escoumins 72 km !?!»

Bon ! Nous voilà aux escoumins! L’atmosphère se tend un peu plus dans la voiture, ça fait quand même longtemps qu’on roule, enivrés par le fait de commencer la randonnée dans quelques minutes et préoccupés par le temps qui se serre sur nous et les angoisses de tous et chacun…notamment et principalement, Prudence. Personne n’a remarqué que nous ne roulions pas sur la bonne route. Matieu fait donc promptement demi-tour. Il est maintenant midi 30…si on se fie à la madame, il est déjà trop tard pour partir en toute quiétude. Un silence pèse dans la voiture, on retrouve le bon chemin. Peu importe…coûte que coûte, les angoisses maintenant dissipées, nous sommes prêts…même si dans le fort intérieur de chacun, les questionnements se succèdent et se bousculent. Qu’adviendra-t-il de nous, tous à coup que…

13h15 (un peu trop tard), nous sommes arrivés à Anse creuse…pratiquement arrivés. J’ai la carte en main, mais ici, le chemin se sépare en deux. Droit devant, un chemin de terre qui se dirige vers les montagnes ou un autre à gauche qui dévoile quelques maisons délabrées et un chemin qui va vers les montagnes aussi. La carte n’indique rien de tout ça, autour, aucune indication. Mais Bordel ! Est-ce qu’on va finir par commencer ! Dany demande à Matieu d’aller à gauche pour qu’on aille se renseigner. Matieu se gare dans l’entrée de la maison. Quelques toiles d’araignées sont placées ci et là, une vieille sorcière inerte occupe la galerie sur une chaise berçante poussée par le vent (rappelons-nous que c’est Halloween). La porte de la voiture claque, Dany se rend au pas de course et frappe à la porte…on ouvre. Dany ressort, tout sourire et entre dans la voiture.

-         «  Ok ! Retourne par là et continu sur le chemin qu’on était. On va passer une vielle grange, tourner à gauche et ça va être un peu plus loin »

-         «  J’suis sûr que c’est pas le bon chemin et que c’est un guet-apens, elle nous mène tout droit vers notre mort !»

On s’esclaffe et on reprend donc notre chemin. Le bruit des roches propulsées par les pneus comble le silence occasionné par la vue de l’immense paysage. On regarde ces centaines de montagnes en se disant qu’on va marcher 30 km aux creux et aux sommets de celles-ci. Le ciel est gris, mais il ne pleut pas au contraire de ce qu’avait indiqué la météo. Les feuilles rougeâtres encore accrochées aux quelques arbres qui sillonnent le chemin terreux nous laisse savoir qu’il vente beaucoup. Là-bas, tout au fond, il y a la vieille grange érigée comme la gardienne des sentiers, délabrée, fatiguée, grise, entourée de vaches, trop tranquilles (comme si ça s’énervait). La voiture suit lentement le chemin qui tourne vers la droite et ensuite sur la gauche. En bordure, il y a de vieilles clôtures de bois défraîchies sur lesquelles sont perchés des dizaines d’oiseaux noirs dont on dérange la tranquillité. Ils se mettent tous à voler au dessus de nous, de clôture en clôture, comme pour applaudir notre arrivée, notre bravoure…ou encore pour nous dire au revoir, bonne chance ou adieu…

La voiture roule encore quelques kilomètres, très tranquillement. Les arbres se font de plus en plus nombreux et bientôt, la forêt autour de nous devient dense et se resserre. La route devient promptement escarpée et à la vitesse d’un cortège, la voiture s’enfonce…tranquillement…encore plus.

En cas d’éventuelle besoin, nous ne pourrions compter que sur nous-mêmes…à moins que nous ne soyons pas seul…..mais encore là, faudrait-il que les autres présences ne veulent …..que notre bien.

Loin…au plus creu des creux, toute civilisation est dorénavant inexistante…et…tout aide…. impossible.

…….. A SUIVRE 

La semaine dernière….

Nous suivions l’aventure de 5 amis qui décident de partir se reposer pendant un trip de hicking sur les montagnes longeant le fjord du saguenay, loin de toute civilisation. Après un bon repos dans le nid familial saguenéen de Michel, les jeunes adultes se sont rendus à Anse Creuse malgré des défauts d’organisation et un stress intense de la part de notre blonde héroïne Prudence. La journée est grise, les paysages sont sombres et la tranquillité…inquiétante. Nos protagonistes sont maintenant à bon port, prêt à commencer ou peut-être bien…à en finir !

Soumis à la société des jonquièrois et ex-jonquièrois, la présente histoire s’intitule :

La légende du Cap de la boule – (PART II – The Event)

13h30 – «  Voilà, on est arrivés ! C’est ici ! Départ de l’Anse creuse ! WooOO ! »

On sort de la voiture, chacun a son sac à dos. Nous sommes contents d’être arrivés enfin, chacun affiche un sourire même si le chemin a été long. On fouille nos provisions, nous sommes affamés et on a besoin de bien de l’énergie, quelques noix de cajous, un yogourt en tube, un petit sandwich et beaucoup d’eau. Chacun allège son sac et serre les ganses pour que la randonnée soit des plus agréables. On commence à s’étirer, question de se dégourdir. Pendant que j’étire ma cuisse, une voiture passe à vive allure dans le chemin qui nous semblait une épreuve en soi. Rapidement elle s’éloigne. Tout à coup, un pick-up passe lui aussi, moins rapidement par contre…très très lentement en fait. Je suis le seul à sembler y accorder une attention particulière. Mon regard croise celui des deux hommes qui l’occupent. C’est peut-être parce que j’avais fait mon deuil de la civilisation pour quelques temps…mais un sentiment étrange est en moi. Je devrais plutôt me sentir rassuré que quelqu’un nous aie vu partir, mais c’est tout le contraire…J’ai cerné le sentiment étrange qui m’habite…oui…j’ai peur.

Notre longue épopée pour se rendre jusqu’ici est maintenant loin derrière nous. On a déjà marché le premier kilomètre point 5 et selon les calculs de Prudence, qui se furent nombreux, voire même constants, on devrait parcourir le 16 km avant 18h34…l’heure où le soleil sera complètement couché. Les paysages sont magnifiques, il ne fait pas trop froid, ni trop chaud. On a déjà pris quelques photos. Prudence et Dany ouvrent la marche suivis de Matieu et Lucie, je ferme la marche. Regardant parfois si les hommes du pick-up nous auraient suivi, mais je me convaincs que je n’ai pas de bon sens, que mon goût pour l’horreur me fait fabuler. Dans cette immensité de forêt boréale, qui se transforme parfois en lichen, nous oublions nos tracas de la ville, notre routine, nos tracas personnels. Nos poumons respirent à plein pouvoir, notre corps s’active libérant les toxines, notre tête se nourrie d’images et de pensées positives. On s’arrête quelques instants pour se reposer, 3 km sont déjà parcourus. La mathématicienne, Prudence, nous informe du fait que nous ne devrions pas nous arrêter si longtemps. Elle est en forme la Prudence et se fou bien de ce que nous vivons en ce moment, des arbres, de l’aire pure…tout ce qui prime pour elle, c’est de ne pas faire un seul pas dans la noirceur. Dany, en silence, flatte le même espoir.

On repart après un trop court répit, Prudence, à la manière d’une chèvre des montagnes, bêle  et grimpe les sentiers escarpés. Elle et Dany nous distancent. Pour Lucie, les escarpements sont un peu plus difficiles. Moi et Matieu, initiateurs du projet, décidons donc de marcher à une vitesse plus respectable et de profiter du moment plutôt que de se stresser avec la noirceur qui arrivera seulement dans 4 heures quand même ! Au pire des cas, selon nos calculs à nous, on ne marchera pas plus d’une heure dans le noir. Un jeu d’enfant !

Nous n’arrivons pas à rattraper la cadence de Dany et Prudence. Tant pis. De toute façon, c’est peut-être mieux comme ça, car la relaxation pour Prudence, c’est comme la St-Valentin pour Freddy Krooger…ça n’existe pas. Et essayer de relaxer avec Prudence, c’est comme tenter de faire rire Jason Worries …Impossible !

Nous nous arrêtons donc après 3 heures de marche intense à gravir les montagnes, sur un rocher érigé devant cette magnifique étendue d’eau histoire de se remplir l’estomac afin de s’énergiser. Au loin, on entend la voix de Prudence (qui doit sûrement être entrain de calculer l’hypoténuse entre le refuge, la voiture et elle-même), ou peut-être bien celle de Dany, mais ils sont trop loin pour qu’on identifie les paroles. Peu importe, nous n’avons pas le même but tous les cinq.

Si seulement nous avions pu savoir ce qui allait nous arriver. Sans contredit nous les aurions suivit, voire même dépassés à la course.

La première règle en forêt : Ne jamais se séparer.

La première règle pour la fille urbaine que Prudence est devenue : Mes priorités coûte que coûte ! Et elles coûtent !

Nous voilà donc séparés.

17h45. Cela fait plus de 4 heures que nous marchons. La cadence est très bonne et selon nos calculs qui sont plus approximatifs que ceux de Prudence mais efficients depuis le début de la journée, il n’y a pas de doute, nous pouvons affirmer que nous ne ferons pas plus d’une heure dans la noirceur. Par chance, nous avons la lampe de poche. La randonnée est toujours agréable mais prend un ton de dépassement de soi plutôt qu’une randonnée de plaisance. Les montées sont plus corsées que celles de la Montagne Blanche, le plus haut sommet qui surplombe la rive-sud. Nos 3 corps, quoique jeunes, forts et entraînés sont mis à l’épreuve. Dans la forêt, les conifères font place au lichen, le vent nous frappe plus fort. Par chance, la chaleur procurée par l’activité physique empêche ce vent automnal de littéralement nous glacer. Plus de 1 minute en surplace et les articulations défaillent.  Notre aire enjouée du début de la journée s’est transformée en ténacité, nos chansons ont été troquées pour le silence et l’halètement. Nos poumons n’arrivent parfois pas à prendre toute l’aire dont ils auraient besoin. Le ciel gris du début de la journée noircit déjà à vue d’oeil. La pénombre transforme peu à peu les jolis arbres en silhouettes inquiétantes et les paysages perdent leurs couleurs, ressemblant de plus en plus à l’image que l’humain se fait du néant. Là-bas, je peux percevoir une autre pente escarpée que Matieu a déjà entamée. Lucie est devant moi et commence la montée, les chevilles tremblotantes de fatigue. Nous arrivons à un belvédère et arrêtons pour prendre une gorgée d’eau. En bas, sur les eaux, un bateau …minuscule à nos yeux, mais sûrement immense en réalité, brille de mille et une lumières. Je peux m’imaginer les gens sur cette croisière, dansant et riant. Ironique quand on sait que notre aventure est tout autre chose. Vous savez que j’adore me retrouver à me surpasser en « hicking »…mais en haut, grelottant, je les envies un peu. Matieu sort sa lampe de poche. Toute petite, avec quelques difficultés de fonctionnement. (dysfonction pour les mieux « culturés »)

18h10. C’est difficile d’imaginer qu’il fera encore plus noir que ça. Lucie nous demande si c’est le plus noir qu’il fera. Matieu et moi lui répondons que non, il fera beaucoup plus noir. Nous sommes sur un rocher, plantée là, une pancarte que Matieu éclair « Cap de la boule », mais rien n’indique le nombre de kilométrage, ni même la direction à prendre pour aller vers le refuge. Nous ne devons vraiment pas être loin par contre. En effet, le refuge que nous avons loué à pour nom « le refuge de l’Anse à la boule ». Sans aucun doute, ça doit être tout prêt un « cap » et « une anse » ! Nous continuons donc, nous voyons quand même bien, mais la lumière se raréfiant ne nous permet plus de distinguer les obstacles au sol. Nous avançons, le chemin change de direction et va maintenant totalement en sens opposé, les seuls bruits de fond sont nos pas qui s’alourdissent de fatigue. Bientôt, ce bruit se fait enterrer par un sourd ronronnement, je lève la tête, nous marchons entre d’immenses pylônes électriques qui rendent l’atmosphère effrayant.  Ici, le chemin s’élargit étrangement et devient en gravelle. On dirait un genre de route plutôt qu’un sentier pédestre, une voiture pourrait aisément y circuler.

-         « Ah ! voilà une indication » s’exclame Lucie

Malheureusement, l’indication a visiblement été déplacée. On ne peut pas s’y fier. Matieu éclaire les boisés à la recherche d’une autre indication.

-         Il y a une autre pancarte là je crois !

Mais celle-ci est couchée sur le sol. Lucie me demande de sortir la carte

-         « Je ne peux pas, c’est Prudence qui l’a »

-         « Quoi !!! Elle s’est séparée de nous et c’est elle qui à la carte !!! »

Je fouille mon sac tant bien que mal. Non, je n’ai pas la carte. Mes mouvements s’excitent fouillant les poches une à une, non je n’ai pas la carte. Le chemin est bizarre, en sens opposé, en gravelle et semble s’étendre sur plus d’un kilomètre, on fait un retour sur nos pas…pas de carte…les indications de la SÉPAQ sont nulle à chier voire…totalement inutile, je commence à avoir froid et mes amis aussi sûrement…Car habituellement je n’ai jamais froid.

18h34…Nul part.

-         « Est-ce qu’il va faire plus noir que ça ? » Demande Lucie calmement.

-         « ça serait difficile ! » Lui répond son frère.

Jamais je n’aurais pu croire qu’il faisait si noir à cette heure, au milieu du néant. Je m’arrête et soupire, je m’exaspère, doutant et je sème le doute chez mes acolytes :

-         «  J’sais pas…Sti, j’trouve ça bizarre de revenir sur nos pas aussi longtemps dans un chemin de gravelle en sens inverse, on a sûrement raté une indication »

-         «  Prudence aurait pas pu nous laisser la carte ? » demande Matieu

-         «  Cheap shot ! » s’exclame Lucie

-          « Bon…on fais-tu demi tour chercher une indication ? » que je demande.

-          « Ah non Criss ! C’est pas vrai !!!» Matieu commence à taper la lampe de poche qui menace de s’éteindre d’un moment à l’autre. »

 

 Il tape et tape…jusqu’à ce que celle-ci se défasse en morceaux. On se penche tous les trois à la recherche des morceaux (à la manière de schtroumfs affamés cherchant la « salspareil »). Notre attitude laisse entrevoir que nous savons que si nous aurions à continuer le chemin sans lumière ça serait trop difficile. Dans le chemin de gravelle c’est quand même correct, mais dans la forêt !!! Ça doit être autre chose. Nous recherchons donc les pièces à l’aide de briquets qui s’éteignent rapidement en raison des forts vents. Voilà! Toutes les pièces sont là, on les remet à Matieu. Il enlève ses gants. Tremblant de froid, il réussit à la remonter. CLICK ! Elle fonctionne. Fiou ! Un rire nerveux s’échappe de nous. Voilà, on fait demi tour.

 

18h50 …de retour sur nos pas 

 

Chacun de nous trois sommes en bordure du chemin de gravelle à essayer de voir une indication (sur du bois peinturé brun SVP) en pleine noirceur donc in distinguable.

 

« On est tu déjà passé par ici ? » demande Lucie

Matieu lui réponds que oui. Nous poursuivons dans le silence, évitant les mêmes obstacles et arrivant aux mêmes pylônes. Bon, il faut se rendre à l’évidence, on a rien raté comme indication. On refait donc le 15 minutes de marche dans le « bon » sens. Je me dis à moi-même que nous ne sommes pas perdu…on est pas perdu…c’est sûr qu’on va trouver le refuge, on a vu l’indication du Cap de la boule tantôt…on est sûrement pas perdu. Nous sommes donc à l’endroit le plus loin où nous avons été dans cette route de gravelle. Mais « criss » j’suis encore sceptique.

 

« hey ! Tantôt quand on était sur la grosse roche pis qu’il y avait l’indication du Cap de la boule, y’avais-tu un nombre de km où ça indiquait qu’on était dessus »

Lucie me répond : « Y’avait juste le nom avec un signe pour indiquer que la base pour se tenter était à 2 km »

« Mais y’avait rien pour indiquer le refuge ? »

« j’pense pas »

Encore sceptique je rajoute « fait qu’on est pas sûre ? » question de semer le doute encore une fois.

 

Lucie mentionne qu’elle ne veut plus retourner de bord. Ok, moi non plus pis sûrement que Matieu non plus. C’est normal, ça fait 7 heures qu’on marche, voire escalade et il fait noir comme chez « l’yâbe » pis « frette » (i.e. frette, frette, frette)

 

Matieu enlève son sac et le dépose au sol

 

« qu’est-ce tu fais ? » lui demande sa sœur

Matieu donne sa lampe de poche à Lucie

« Attendez-moi ici ! » dit-il en s’éloignant déjà aux pas de course

« Tu vas voir le chemin ?» que je lui demande en criant

 

Un « oui » sourd se fait entendre et rapidement, il disparaît dans la noirceur. Je me mets à penser ; Quand Matieu m’a crié « oui » il n’était pas si loin que ça, pis on a quasiment rien entendu. Ça ça veut dire que si on se met à crier ici, y’a personne qui va nous entendre, les arbres étouffent les bruits. De toute façon, on n’est pas perdu. Des pas se font entendre, c’est Matieu qui revient.

 

« pis ? » Lui lance Lucie

Matieu reprend la lampe de poche en nous expliquant « en bas de la côte ça fait un grand « U » pis ça repart de l’autre côté…ça reprend la bonne direction »

 

Je lui demande si le chemin est long, car si ce chemin s’avérait être le mauvais chemin, on étendrait notre temps passé au froid et à la noirceur et en ce moment, ça me tente pas ben ben. Matieu répond donc que le chemin semble long, même s’il ne voyait pas bien. Je propose donc que l’on refasse le demi-tour de 15 minutes pour aller s’assurer de la dernière indication que l’on a croisé sur la roche et qui indiquait Cap de la boule. Comme ça, on s’assurera de marcher dans la bonne direction.

 

Nous refaisons donc ce demi tour, évitant encore les mêmes obstacles et passant encore sous les pylônes. Plus nous passons sous ceux-ci, plus leur bruit semble fort. Ils sont érigés au dessus de nous, immenses et assistent à notre perte. Nous voilà de retour sur la roche où l’indication apparaissait. Il y fait tellement noir, que même si cette enseigne est érigée au milieu d’un gros caillou et qu’il n’y a aucun arbre autour, nous avons de la misère à la distinguer.

 

« Ah ! voilà ! » cri Matieu en éclairant avec la lampe de poche.

 

L’enseigne indique bel et bien ce que Lucie prétendait : Cap de la boule, l’enseigne pour se tenter la direction et « 2km » mais aucune indication sur le nombre de kilométrage et la direction à prendre pour aller vers le refuge. (cet endroit si doux et confortable, probablement déjà chauffé par Dany et Prudence qui nous attendent avec une soupe chaude, de petits gâteaux tout juste sortis du four et un jacuzzi sur la véranda arrière surplombant le Saguenay…bouillonnant à souhait pour mes muscles endoloris…..hummmm ouèèè !) (fantasme) Mais pour l’instant, je claque des dents, morve du nez, marche à tâtons….enfin, pas besoin de vous faire un dessin !

 

« ARGGHH ! On s’est rallongé d’une autre demi-heure » que je dis

« Bon, on fait demi tour et pogne la route de gravelle? » demande Matieu

 

Moi et Lucie acquiesçons. Re-re-re-re demi-tour, Re frette, re noir comme chez l’yâble…rallongement et surtout…incertitude toujours persistante (en somme, ça fait environ 1h30 qu’on tourne en rond, presque 2). Il fait tellement noir que quand je me tourne la tête, cela m’étourdit car je perds la notion de l’espace. J’ai tellement froid et j’avoue que la panique que je cachais jusqu’à maintenant est entrain de ressortir. Je ne cesse de me dire que je ne dois pas paniquer. Matieu et Lucie semblent très calmes…Autant que moi en fait. Ce qui me laisse croire que nous sommes tous entrain de vivre une panique intérieure. Je commence même à me dire que coucher en cuillère tous les trois sur le bord de la rue ne nous ferait pas mourir…. Enfin je l’espère car j’ai l’impression que c’est ce qui arrivera.

 

On marche lourdement en silence. Je demande à Mat et Lu s’ils ont froid. Ils me répondent sur le champ que oui. Ce qui me fait savoir qu’ils ont très froid. On marche encore en silence. Et nous sommes maintenant dans le « U » que Matieu parlait. Devant nous, nous croyons distinguer un long chemin qui se perd au loin et qui semble éternelle. Quelques pas plus loin, nous nous rendons compte que c’était en fait une abrupte pente. Vous comprenez alors à quel point il fait noir. Dans ma tête, une chanson se fait entendre, et c’est pas la meilleure j’vous jure. Donc je fredonne dans ma tête : « Mon merle a perdu son bec, mon merle a perdu son bec, un bec, deux bec…… » Ce qui rend le silence insupportable. On entend un reniflement par-ci et un autre par-là. Le bruit des pas toujours aussi lourd. Matieu et Lucie se mettent à chanter à l’unisson « Elle court…Elle court… la maaladie d’amour…. ». Cette chanson me laisse perplexe, je trouvais la mienne beaucoup plus de circonstance mais je garde cette réflexion pour moi. De toute façon, avec le mal de gorge qu’on va se taper demain, il ne restera que les chansons de Thérèse Montcalm dans notre répertoire. L’atmosphère ne semble pas tendue avec cette magnifique chanson, interprété de belle manière. Évidemment, dans nos forts intérieurs, le sentiment de doute plane, la panique est en attente et la hâte d’être au chaud persistante, mais nul ne dit mot. 45 minutes de marche passe …Lucie s’arrête et enlève son sac.

 

« Faut qu’j’pisse » dit-elle « Mais j’veux pas aller dans le bois…tournez-vous…j’vas me tenir après cet arbre là »

 

Nous nous tournons donc, pendant que Lucie évacue son stress. Matieu prend la parole.

 

« Hey Lu, j’pense que ta pisse coule jusque sur ton sac. »

« hahahahah !» s’exclamons-nous.

 

Lucie remonte ses pantalons très vite : «  Avez-vous entendu ça ?!? Y’a quelque chose dans le bois ! »

« ben c’est sûr…y’a plein d’aff… » Matieu n’a pas le temps de finir sa phrase. Car les arbres bougent tout prêt et lui coupe la voix.

 

Lucie se recule et se place derrière nous. Quelque chose sort du bois, juste là, devant nous. Nous reculons tous les trois, tranquillement, essayant de distinguer ce que cela peut bien être.

 

« J’espère que t’a pas mouillé tes pantalons ? » entendons-nous

 

Nous restons tous les trois en silence en entendant cette réplique qui ne sort pas de nos bouches. La tension monte chez Lucie car sa respiration augmente de vitesse, toujours derrière nous elle respire dans nos oreilles. Je me crispe les poings. La voix d’homme reprend :

 

« Ok Ok, c’est une blague, c’est juste que je trouve ça bizarre que tu te sois arrêté pour pisser juste où que j’étais »

 

Constatant que ce n’est pas la voix de Dany (ce qui aurait été rassurant),Lucie, toujours derrière nous se laisse emporter : «  Veux-tu que je te dise ce que je trouve bizarre moi ! …Un gars qui sort du bois juste au moment où j’pensais que j’allais peut-être mourir gelé… Un gars tu seul en plus ! Dans le milieu de Nul part où est-ce que moi ça m’a prit 10 heures à me rendre !!! »

 

Matieu s’étire le cou vers l’arrière et chuchote à sa sœur « ta gueule Lu »

 

L’homme, dont nous n’avons pas encore distingué la silhouette rétorque : «  Je ne suis pas seul… »

 

Et il s’en va en marchant, allant dans la même direction que nous allions…il s’éloigne. Pendant que nous restons figé. Lucie glousse, Matieu relâche sa respiration et mes poings se décrispent en même temps que mes genoux se mettent à trembler.

 

« fouaaou… » se relâche Lucie

« Ça c’était bizarre en criss » Ajoute Matieu, et il reprend « Et c’est encore bizarre…Est-ce que chu tout seul a pas aimer ça pentoute ? »

je réponds : « Ben Kin !!! J’trippe pas pentoute non plus…Ça s’était pas un garde forestier ! Pis j’pense qu’il avait une hache dans la main »

Lucie prend la parole « Hey Mitch, niaise moi pas…ça s’peut pas que t’aie vu si y’avait une hache ou non criss ! J’suis même pas sûr qu’il avait une face tellement y fait noir! »

 

(j’suis pourtant persuadé qu’il avait une hache…et l’idée qu’il n’aie pas de face me fait parcourir un frisson dans le dos, même si je sais que ça ne se peut pas.) Pendant que nous discutons un bruit se fait entendre au loin (mais pas si loin) c’est le bruit d’une portière qui se ferme.

 

« Qu’est-ce qu’on fait ?» Demande Lucie

Matieu lui répond «  Ben…on continue à marcher dans ce sens là, on trouve le refuge, on allume un feu, ouvre une bouteille de vin pis on s’fait cuire un CRISS de gros steak »

Et je rajoute : « Ouais ! On s’en fou de lui, pis au pire, on est trois »

Lucie me contredit : « Ouais ok, on est trois, qui ont frette, qui ont pu d’énergie, qui ont les jambes qui tremblent, qui n’ont pas de hache, dans le noir total, pis le vent qui nous empêche de se faire entendre si quelqu’un nous pourchasse !»

« Arrfff ! Lucie…Voyons donc…Bon ! Let’s Go ! On avance » lance Matieu

 

Lucie marche derrière moi et Matieu qui avançons lentement. ClicK ! Matieu ferme la lampe de poche pour ne pas se faire distinguer dans le noir. (Ouff. J’ai carré la chienne, je me demande où est garé la voiture dans laquelle il prend place…et pourquoi ne s’en va-t-il pas ?). On se tient par la main et on marche en essayant de ne pas faire de bruit dans la gravelle. Une lumière intense s’allume juste à ce moment. En voyant d’où la lumière arrive, je comprends que ce sont les lumières de la voiture qui est garée dans le bois…perpendiculairement à la route de gravelle. Elle nous éclaire complètement…le malade attendait qu’on passe pour allumer la lumière, nous sommes exactement dans le faisceau lumineux, figés, haletant, silencieux. Nous portons tous les trois nos mains vers le faisceau pour cacher la lumière qui nous aveugle. Je porte mon bras pour cacher complètement la lumière ….et je distingue deux silhouettes qui prennent place…. dans un gros pick-up.

 

…À SUIVRE

 

 

La semaine dernière…

Nous avons suivi principalement les aventures de Matieu, Lucie et Moi-même. Qui après s’être séparés de Prudence et Dany (par la force des choses), se sont bien rendu compte qu’effectivement, à 18h34 dans une forêt il fait très noir et qu’en octobre, il fait très froid. Sont-ils perdus ? Rappelons-nous que la dernière chronique s’est terminée là où nos héros semblent être en fâcheuse position. En effet, ayant repris la route dans le chemin de gravelle, ceux-ci se sont immobilisés de surprise quand les phares du douteux pick-up ont été allumés juste au moment où ils étaient dans leur champ. Mais… que peuvent bien leurs vouloir ces hommes qui prennent place dans le pick-up ? Découvrons-le ensemble…dans la troisième partie de cette… « quadrilogie »

 

Soumis à la société des jonquièrois, ex-jonquièrois et leurs amis, la présente histoire s’intitule : « La légende du Cap de la boule – PART III – IN THE HEAT OF THE MOMENT »

 

… Nous portons tous les trois nos mains vers le faisceau pour cacher la lumière qui nous aveugle. Je porte mon bras pour cacher complètement la lumière ….et je distingue deux silhouettes qui prennent place…. dans un gros pick-up. De toute évidence, ces hommes nous ont vu partir de l’anse creuse et ont décidé de prendre un raccourci et de venir nous attendre…pour mieux nous traquer dans le but de je ne sais trop quoi et je n’ai aucune, mais alors là aucune envie de le découvrir. Cependant, il en est tout autrement pour Lucie.

 

« Qu’est ce que vous nous voulez !?! » crie-t-elle hystériquement inquiète

 

Matieu par contre est du même avis que moi. Toujours immobile et fixant le pick-up d’où aucune réponse à la question pertinente de Lucie ne se fait entendre dit silencieusement à sa sœur :

« Lu, sérieux on s’en criss de se qu’ils nous veulent ok. L’important c’est ce qu’on veut nous. »

« j’veux m’en aller » répond-t-elle instinctivement

« Ok, on les salue de la main avec un sourire et on s’en va » dis-je calmement, même si j’ai la pisse qui menace de s’écouler sur mes cuisses.

 

On envoie donc la main avec des sourires béants de Miss teen USA. Et on poursuit notre route…lentement…un peu plus vite…encore un peu plus vite…en joggant…en courant… plus vite que jamais …même si nos lourds sacs ralentissent notre course. Nous courrons environ 5 minutes avant que le bruit du moteur se fasse entendre, le pick-up s’engage dans le chemin de gravelle et reste immobile, éclairant notre vaine évasion.

 

« STOP !» s’écrie Matieu « il ne faudrait pas qu’ils voient qu’on a peur ! » ajoute-t-il

 

On s’arrête, j’ai les jambes qui tremblent, il suffirait qu’une branche craque dans la forêt pour que je m’effondre au sol.  Lucie fait quelques petits bruits bizarres…entre gloussements et cris, j’imagine qu’elle ne peut pas contenir sa crainte (perspicace). Matieu essaie d’éclairer la forêt mais il tremble trop pour fixer des endroits précis. Mon cœur bat à tout rompre, mes yeux donnent leur maximum pour trouver une échappatoire, à gauche il y a d’énormes arbres trop touffus et la forêt semble trop dense pour que l’on puisse passer au travers…à droite, c’est une clairière, de hautes herbes, si je ne me trompe pas, y’a un chemin là. Au même moment où je repère le chemin, Lucie s’époumone :

 

« Y’A UNE PANCARTE…UNE PANCARTE !!! »

 

Elle arrache la lampe de poche d’entre les mains de Matieu et visiblement beaucoup moins fatiguée que 10 minutes auparavant, l’adrénaline étant le secret de tout maux,  elle nous devance et se dirige directement vers …oui…mais oui !!! C’est une indication, juste là où j’avais cru voir un chemin. À ce moment, le conducteur du Pick-up, qui faisait jusque là durer son plaisir en regardant son gibier prit au piège, fait ronronner le moteur du véhicule en appuyant sur l’accélérateur par intermittence. Le bruit me semble insupportable. Depuis dix heures déjà, le calme était dans ma tête et voilà que maintenant ce bruit de moteur vient tout briser …m’horrifiant. Mais il y a pire…Dans un crissement de pneus projetant la gravelle sur les arbres, le pick-up s’élance. Je me tourne la tête continuant ma course, le pick-up vacille avant de prendre son départ et une fois bien ancrer, il commence sa course arrivant à vive allure vers nous. Il est quand même loin mais se sera évidemment un jeu d’enfant pour lui de nous rattraper. On peut entendre des « WOu OU !!!! » Matieu se tourne pour voir.

 

Stupéfié : « vite ! VITE ! » lance-t-il

« Esti de TabARNAK de MALADE ! » rajoute Lucie en crescendo impeccable.

 

Notre course est toujours plus rapide, on peut voir enfin se qui est écrit sur la pancarte. Lucie éclaire

 

- Refuge de l’anse à la boule 2 km -

 

« ouvre le chemin Lucie » cri Matieu en gardant un œil vers le pick-up et en poussant sa sœur avec insistance. « Go ! GO ! » lance-t-il apeuré. Lucie coupe rapidement dans le chemin qui traverse la clairière et éclaire devant elle tant bien que mal émettant toujours ces gloussements étranges. Qu’est-ce qui m’arrive bordel ! Qu’est-ce qui nous arrive !  Me dis-je à moi-même. En nous voyant couper dans la clairière, le conducteur du pick-up prend la même décision et roule dans les hautes herbes fonçant droit sur nous. Il ne nous reste plus que quelques mètres avant d’arriver à l’orée des bois, là où le pick-up ne pourra pas suivre. Ce sera alors du homme à homme…du corps à corps et avec ce taux d’adrénaline toujours grimpant pour nous trois, ils vont en manger une tabarnak !

 

Nous voilà rendu dans le bois. Au loin (mais pas si loin que ça) le pick-up s’immobilise. En voyant ça je cri …

« STOP ! » Matieu s’arrête promptement mais Lucie est parti dans une lancée et court…gloussant.

« STOP ! LU ! STOP ! STOP » Lucie s’arrête et revient nous rejoindre.

 

On s’accroupie, Matieu ordonne à sa sœur de fermer la lampe de poche, elle s’exécute sur le champ. Nous sommes tous les trois derrière les fourrés épais, essoufflés regardant entre les branches. Le pick-up est incliné dans les herbes hautes, ses phares éclairent à travers la brume. Les portières s’ouvrent, un des deux hommes court vers un autre sentier, l’autre se met dans le faisceau créé par les phares, on peut percevoir sa silhouette, une hache à la main. Lucie lâche un son, mais avant que cela ne se transforme en cri, Matieu met une main sur la bouche de Lucie. L’homme en question prend un pas rapide et s’en vient dans notre direction. On se lève. Je peux lire sur le visage de Lucie, une terreur évidente. Nous sommes exténués.

 

Matieu chuchote : « Lucie….Lucie » répète-t-il pour capter son attention « écoute-moi. Tu vas ouvrir la lampe de poche et tu vas éclairer le sentier, on va marcher le plus vite qu’on peut, il faut pas se blesser » Il prend la tête de sa sœur dans ses mains pendant que je m’assure que l’homme ne se rapproche pas trop. Il continue : « On est pas loin du refuge Lu, il faut qu’on arrive avant eux là-bas, Prudence et Dany vont nous aider »

 

Je rajoute en chuchotant : « le gars qui est parti dans l’autre sentier doit aller vers le refuge pis l’autre doit être à notre recherche, on court le plus vite qu’on peut right ? »

« right !»

« right ! »

 

Le plan me semble bon, mais dans ma tête, j’espère vraiment que les hommes n’ont pas déjà rencontré Prudence et Dany, j’espère que tout va bien au refuge et que rien ne leur est arrivé.

 

Lucie acquiesce : « correct…correct, c’est beau Mat, on va s’en sortir ok…dis-moi qu’on va s’en sortir…j’suis prête…plus que jamais » Elle retrousse sa tuque et avant d’ouvrir la lampe de poche, Lucie s’assure d’un regard que nous sommes prêts.

Matieu et moi faisons signe que oui de la tête. Nous nous alignons, le sentier est très étroit et boueux, pour ne pas dire inondé. Lucie passe en premier, suivie de Matieu et je suis le dernier.

 

« GO ! » Lâche Lucie, elle allume la lampe de poche et commence à courir, avant de me mettre à courir, je regarde une dernière fois vers l’homme à la hache, il nous à repéré et court à travers les hautes herbes.

 

« Il nous a repéré, y’a pas de lampe de poche, on a une longueur d’avance !!! »

Lucie court très vite et nous la suivons de prêt, elle crie les obstacles qu’elle voit : « BRACNHE ! TROU D’EAU ! PONT ! BRANCHE ! ÇA GLISSE ! TROU D’EAU ! BRANCHE ! »

 

Nous courrons à vive allure, j’évite à l’aveuglette les obstacles que Lucie annonce, sautant un peu partout, perdant pied à quelques reprises, recevant constamment des branches au visage, comme ça pendant 10 bonnes minutes intensives, sûrement les plus intenses de ma vie

 

« Une intersection ! » Annonce Lucie 

 

On s’arrête.

 

« Par où on va ? » demande Matieu

Je réponds : « Je sais pas, mais le gars arrive, je l’entends »

 

Lucie nous regarde avec un aire décidée, elle enlève son sac qu’elle lance dans les bois en gémissant de rage, elle criss sa tuque au bout de ses bras laissant jaillir sa longue crinière ondulée, quelques mèches suantes encadrant son visage.

 

« j’reviendrai chercher mon sac demain…parce que demain, j’vas être ben vivante »

 

Moi et Matieu suivons l’exemple, notre peur et nos angoisses font place à la détermination.

 

« COME ON ! » cri Lucie en s’engageant dans le chemin de droite.

 

Ce chemin va en pente raide, la boue rend sa descente extrême. On s’accroche sur tout ce qu’on peut, descendant à vive allure et lâchant quelques grognements ci et là. Lucie a la lampe de poche dans sa bouche pour pouvoir se servir de ses mains, Nos efforts physiques reste intenses, quelques fois, on descend le sentier à la manière de snowboarder d’expérience. L’homme à la hache n’est sûrement pas aussi habile que nous. En bas de la pente, le sentier s’élargie et nous pouvons maintenant courir côte à côte. Je peux vous avouer que je n’ai jamais couru aussi vite. Matieu et Lucie seraient sûrement du même avis que moi. On court sur ce sentier pendant environ 10 minutes. Voilà, on peut distinguer ce qui ressemble à un refuge. Nous ralentissons notre course, pas d’indice du passage de l’autre homme et nous n’entendons plus les pas de l’homme à la hache.

 

Voilà, nous sommes devant le refuge. Lucie éteint la lampe de poche, nos yeux sont finalement habitués à cette noirceur, maintenant notre amie car nous pouvons nous y camoufler. La façade est en bois, mais le reste est complètement vitré. Le refuge est monté sur des piliers d’environ 3 pieds, laissant un espace sous celui-ci. Dedans, il y a des lueurs nous indiquant que des chandelles y sont allumés. Il faut être prudents, tout à coup que les hommes sont là. Nous approchons très lentement, accroupis dans le boisé entourant le refuge. On s’approche d’une fenêtre…

 

Le refuge est sans dessus dessous…quelqu’un l’a saccagé, ou encore….on s’y est battu.

 

Matieu s’exclame silencieusement : « Fuck ! » il pointe l’intérieur du chalet. Vision d’horreur, Dany est attaché sur une chaise, les mains liées. Sa tête est inclinée vers le bas, il est baillonné et semble inerte.

 

Mais que se passe-t-il ? Qu’avons-nous fait à ces hommes pour mériter ça. ? Y a-t-il moyen d’avertir les responsables de la SÉPAQ de notre sort ?

 

Je pousse tout à coup un cri vide.

Une main, venant de sous le chalet, est accrochée à ma cheville.

 

La finale…La semaine prochaine

 

 

….À SUIVRE

 

 

C’est tu vrai…C’est tu pas vrai ???

 

Pour ceux qui me connaissent du temps où je travaillais au Patro, vous vous souviendrez qu’à la fin de toute légende je disais aux jeunes qui me posait cette question « Dans toutes légendes il y a 80% de vrai et 20% de pas vrai » Néanmoins, voici la suite…et pour les curieux, à la fin de cette présente chronique vous saurez toute la vérité sur cette chronique où vous avez été nombreux à me signifier votre intérêt.

 

Il y a deux semaines (j’espère que je n’ai pas perdu votre intérêt) j’ai escamoté un petit peu, pressé par la pression que vous me mettiez à vouloir la suite. Pression probablement semblable à celle d’un éditeur envers son lecteur. Mais voilà, j’ai pris un peu plus de temps pour l’écriture de cette partie…le chocolat dans le bonbon. En passant, bonjour aux gens que je ne connais pas ; mes fans de Lima et Paris. Des photos sont en fin de cette chronique, vous pourrez mettre des visages sur les noms. Mais vous ne pourrez pas voir de bonnes photos de Dany désolé, j’en avais pas L

 

Si vous vous souvenez bien, Lucie Matieu et Moi avons dû semer ces étranges hommes. A travers les chemins sinueux et sombres d’une forêt trop grande…mais pas assez pour éviter le danger. Enfin, nous avons trouvé le refuge…seulement, nous ne sommes pas les seuls.

 

Soumis à la société des jonquièrois, ex-jonquièrois et leurs amis, la présente histoire s’intitule : « La légende du Cap de la boule – PART IIII– FINALLY THE FINAL »

 

… Matieu s’exclame silencieusement : « Fuck ! » il pointe l’intérieur du chalet. Vision d’horreur, Dany est attaché sur une chaise, les mains liées. Sa tête est inclinée vers le bas, il est bâillonné et semble inerte.

 

Mais que se passe-t-il ? Qu’avons-nous fait à ces hommes pour mériter ça. ? Y a-t-il moyen d’avertir les responsables de la SÉPAQ de notre sort ?

 

Je pousse tout à coup un cri vide.

Une main, venant de sous le chalet, est accrochée à ma cheville.

 

Pris de stupeur, Matieu et Lucie se reculent tandis que moi, j’y suis incapable. Je secoue vigoureusement ma jambe, mais cette main boueuse me retient trop fort essayant de me tirer dans la noirceur sous-terraine régnant sous le refuge. Avec une puissance que je ne m’étais jamais connu auparavant, je m’apprête, à la manière d’un « rocky mountain horse » à ruer mon sabot dans le vide, là où j’estime que se trouve un visage. Avant même que je ne puisse me délecter d’avoir défoncée une face d’inconnu, Lucie se rue sur moi et, avec une force qu’elle ne s’est probablement jamais connu auparavant, elle retient mon élan en tenant ma cuisse. Je me débats un peu, avant de voir le visage de mon agresseur. Là devant moi, comme une petite belette apeurée, Prudence souillée, sort de sous le refuge. Nus pieds, ayant comme vêtements un chandail blanc et mince à manches longues et une culotte-boxer blanche ajustée, le tout tâché de vert gazon et de boue. Elle saute à mon cou, elle tremble, elle a froid… elle a peur. Matieu enlève son manteau et la couvre tandis que Lucie enlève ses pantalons de nylon pour les lui prêter. Lucie à l’orée des bois me tend le pantalon pour que je puisse aider Prudence. À cet instant, un bras sort de la pénombre, derrière Lucie, empoignant sa longue et duveteuse crinière. Avant même que je puisse réaliser ce qui se passait, j’entends un bruit de bâton coupant le vent suivi d’un TOC ! Et simultanément d’un CRICK ! Devenant un CRACK ! …..Matieu était alerte et ayant vu venir le coup il avait frappé lourdement l’agresseur de Lucie au visage. Lucie, libérée, remercia son frère. En m’avançant vers le corps inerte de l’agresseur, je peux m’apercevoir que son crâne a contre frapper une roche au sol. Le visage est complètement défoncé  au centre et tuméfié sur le côté droit. Une rivière de sang coule jusque sur mes espadrilles de marche. Matieu me met une main sur l’épaule.

 

Soulagé je lui dit:   « Beau coup »

Il se tourne vers les deux filles : « il n’en reste qu’un ! »

« Deux » dit Prudence d’une voix faible et chevrotante

« QUOI ! »

Prudence nous informe : « Ils sont trois, deux hommes et une femme…mais toute qu’une ! »

« Mais qu’est-ce qui nous veulent ?!? » S’étonne Lu

Prudence reprend : « Rappelez-vous…Quelqu’un nous a mis en garde avant que nous partions pour cette marche…nous ne l’avons pas prise au sérieux »

« LA BOULOTTE !»

« Voilà … on dirait qu’elle n’a pas juste reçu une formation pour la survie en forêt…mais aussi pour le combat corps à corps…elle est forte comme un bœuf et court comme le guépard»

 

Surpris par le non sens de cette métaphore, je ne peux pas me retenir, je m’esclaffe faisant retentir mon rire dans l’écho de cette forêt, champ de bataille.

TOC ! CRACK ! CRICK ! Tout s’embrouille et devient subitement noir…..

 

J’ai peine à ouvrir mes yeux. La première chose que je remarque c’est qu’il fait chaud. Gémissant et inquiet, je cligne des yeux quelque fois pour retrouver pleinement ma vue. La première chose que je vois est mon reflet dans la grande fenêtre intérieur du refuge, je remarque que mon front est fendu à l’extrême droite. Je me tourne la tête, Dany est toujours ligoté,  bâillonné et inerte. Je remarque qu’il saigne derrière la tête, et que sa plaie est très profonde. J’essaie de dire un mot, mais paniqué, je constate que je suis aussi bâillonné et ligoté. Par contre, ni Lucie, Matieu et ni Prudence ne se trouve à mes côtés. Ils ont dû réussir à prendre la fuite. J’ai tellement eu froid que maintenant, prêt de ce poêle la chaleur me paraît celle de l’enfer, j’ai l’impression que mes vêtements synthétiques ne tarderont pas à fondre sur ma peau et brûler à jamais… ma magnifique peau de pêche. Depuis combien de temps suis-je ici ? De quelle façon se déroule le combat à l’extérieur ? Suis-je seul avec Dany dans se refuge ? Le mot refuge n’a plus la même sonorité…un refuge est là où l’on se retrouve en sécurité…maintenant il est l’endroit où je pourrais trouver la mort. Mais malgré une douleur lancinante à la tête, mon cœur battant dans mes tempes empirant cette dernière, j’ai toujours des forces. Je ne veux pas m’abandonner.

 

SKoiNk ….. SKoiNk …… SKoiNk …… SKoiNk …..

 

Quelqu’un marche dans le couloir et se rapproche de nous. Vêtu de noir, un cagoulard rondouillet fait son entré. Je réussis à cracher le bâillon.

« Ça sert à rien de te cacher, je sais qui tu es! En lève ta Cagoule Boule DE SUIF !!! » cris-je essayant de lui cracher au visage. À ces mots qui rebondissent violemment sur les murs du refuge, je remarque que Dany semble reprendre conscience.

« BOULE DE SUIF ! » dit-elle en retirant sa cagoule rugissante !

 

Elle sort un couteau de chasse et s’avance faisant languir la lame prêt de mes mollets. Je me débat…inutilement. Dans son regard je peu lire une terrible haine se mélangeant au néant et au plaisir qu’éveille en elle le sadisme. Agenouillée devant moi, elle remonte soigneusement mon pantalon, de la cheville au genou préparant son petit terrain de jeux, elle passe le couteau avec une légère pression pour dessiner ma future torpeur, du tendon d’Achille, jusqu’à celui derrière le genou. Je ne bronche pas, mais d’un regard discret, je peux voir la tête de Lucie derrière la fenêtre… à travers mon reflet. Subtilement, silencieusement et à la manière d’une athlète elle grimpe par-dessus la galerie construite pour que l’on puisse admirer la vue du fjord. La boulotte, remarque mon regard et se tourne furtivement….Lucie est déjà cachée, je ne sais pas où mais je ne la vois plus.

 

« Tu n’as pas peur ? » Me demande-t-elle d’une voix candide et d’un regard me suppliant de lui démontrer ma crainte pour qu’elle y trouve extase. Je me dis à moi-même que je ne lui ferai pas se plaisir. Oui j’ai peur, mais ton sadisme ne sera pas comblé avec moi « nouvelle justine » (http://www.sade-ecrivain.com/njustine/njustine.html.)

« Non, je suis insensible à la douleur »

 

 

BEDING ! BANG ! Lucie fait une entrée féroce dans le chalet. Je remarque qu’une coupure sous la mâchoire est encore fraîche, je comprends donc qu’il y a aussi bataille à l’extérieur. Prise de surprise, la boulotte n’a pas le temps de broncher, Lucie agrippe rapidement les cheveux de l’assaillante et la relevant juste assez…elle lui grille le profil droit sur le poêle en l’assommant en même temps. À chaque coup qui fait résonner le lourd métal, Lucie crie furieusement entre ses dents serrées « TRUIE ! »  « TRUIE ! » « TRUIIIIIIEEEEE !!!! » La brûlure laisse dégager une puérile odeur de bacon rôtie mélangée avec la graisse fraîchement sautée.

 

Éprise d’une douleur, la salle truie repousse Lucie qui perd pied et fracasse une des grandes fenêtres du refuge basculant à l’extérieur. La truie encore fumante saute par-dessus bord grognant.

 

La porte du refuge ouvre, Prudence les pieds tailladés et rougis par le froid défaits les liens de moi et Dany. Dany se relève mais s’écroule sur le sol. Je remarque que ses tendons d’Achille ont été découpés en lambeaux. Dehors nous entendons les rugissements, ceux de femmes et ceux d’hommes. Ce qui veut dire que Matieu est toujours en vie et qu’il combat aussi…probablement avec l’inconnu à la hache. Je jette un regard vers Dany et Prudence.

 

Dany prend parole pour la première fois depuis longtemps : « Vas-Y ! Et fais les souffrir ! »

« J’essaie de faire quelque chose pour les blessures de Dany et on vient vous rejoindre »

 

À ces paroles de Prudence, je saute en bas du refuge par la fenêtre fracassée. J’analyse la situation. Matieu est entrain d’esquiver une série de coups de hache. Tandis que Lucie comme une poupée de chiffon se fait brasser et assommer à tous les arbres que peut trouver le bœuf-Guépard sur son passage. Je me jette donc à l’attaque sur l’assaillante de Lucie. Je donne un coup de pied au bas de sa colonne elle tombe à 4 pattes. Lucie renvoi ses cheveux vers l’arrière et donne un coup de genoux  au visage brûlé de la truie qui s’étend sur le dos, roulant de douleur. Lucie me pousse par terre me faisant ainsi éviter un coup de hache qui frappe un arbre au lieu de me trancher le cou. Matieu en profite pour s’agripper à une branche et se balancer furieusement joignant ses pieds et écrasant l’homme à la hache entre un tronc et ses pieds. Je retiens les bras de l’homme vers l’arrière pendant que Lucie le bat furieusement. Matieu déprend la hache qui était resté prise sur le tronc, Lucie fait une roulade d’experte sur le côté et synchronisé, Matieu donne un puissant coup tranchant le bras gauche de l’homme. Je perds donc prise de la gauche, mais garde toujours le bras droit. Cette prise me permet de faire pivoter violemment l’homme (à la hache qui n’est plus) et le projetant sur une fenêtre du refuge qui éclate en milliers de morceaux. À l’intérieur, Prudence lâche un cri de surprise. L’homme se retourne vers nous, son visage est tailladé. Derrière, Dany entoure ses jambes autour du cou de l’homme l’étranglant. Il essaie de se déprendre mais en vain. Prudence arrive avec le tisonnier brûlant et poignarde le crâne, de gauche vers la droite. L’homme s’écroule au sol ressemblant étrangement à Frankenstein avec son écrou. Inerte.  Il ne reste plus que notre truie fumante. Je me tourne, Lucie et Matieu sont déjà entrain de s’en charger. Lucie la tient par les cheveux pendant que Matieu l’assomme avec une pierre faisant retentir des bruits courts et sourds. La femme est toujours en vie et tente de se relever. Elle fait un croque en jambe à Lucie qui tombe sur le sol et roule dangereusement prêt du précipice…du fjord. La boulotte se relève, suspicieuse, ombrageuse et déconcertée. Matieu tente de la lapider en lui lançant une série de pierres. Mais la lapidation… c’est quand même long. Néanmoins, les pierres qu’elle reçoit la font  reculer de plus en plus, elle perd pied et tombe dans le précipice. Nous voyons Lucie qui commence à glisser sur le sol. La femme à juste eu le temps de se cramponner à la crinière de Lucie et est entrain de l’entraîner avec elle dans sa chute mortelle. Lucie se met à crier. Matieu se jette sur sa sœur la retenant et à mon tour je me jette sur Matieu pour ne pas qu’il la suive. Je tire de toutes mes forces, je peux comprendre que Lucie pend dans le vide. Ses cris résonnent sur les parois rocailleuses du fjord. Plus sourdement, je peux aussi entendre la boulotte-truie…haletante, effrayée.

 

Je vais lâcher….je vais lâcher…Matieu et Lucie iront dans le vide, mes mains glissent et les pantalons de Matieu menacent de me rester dans les mains (hummmm). Prudence s’approche du précipice et empoigne Lucie par le bras. De l’autre côté, Dany la hache à la main donne un puissant cou qui résonne sur les rochers, et sacrifie un bon 4 pouce de la crinière de Lucie qui se déchire peu à peu, laissant ainsi notre assaillante, sans prise. Cette dernière est donc lancée dans le vide. Nous nous approchons tous les cinq du précipice, prenant un malin et malsain plaisir à voir cette salope s’éloigner dans le vide… se rapprocher de l’enfer. Avant que son corps ne s’écrase dans les rochers et se laisse emporter par les eaux, l’écho nous rapporte sa dernière parole qui se veut un aveu terrible, un secret qu’elle ne pouvait emporter dans sa mort :

« JE SUIS LESBIENNE…BIENNE..bienne..bienne…enne… »

 

Sur ces paroles, nous nous regardons, exténués, nous nous collons, nous félicitant de nos prouesses…et de notre sang froid. Les corps des deux hommes gisent toujours sur le sol, aucun risque que ceux-ci ne se relèvent. Nous aidons Dany à se relever. Dany et Prudence entre dans le refuge pendant que moi, Matieu et Lucie allons rechercher nos sacs. De retour au refuge, nous sablons le champagne pour la fête à Prudence, j’ouvre deux bouteilles de rouge, pendant que Matieu lui, gratte le poêle pour enlever la peau calcinée, histoire de faire griller d’excellentes côtelettes de porc !

 

 lesconqurants.jpgmoilucie.jpg

 

 

FIN.

 

 

____________________________________________________________________________________________

 

Maintenant, Voici la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Cette histoire est à lire aussi, car quoique moins horrifiante, elle est tout autant stressante.

Voilà tout !

 

Absolument tout est vrai !

Le pick-up au début…

La séparation de notre groupe en deux parties…

La noirceur qui tombe…

La tension qui monte….

La perte de notre chemin…

La température nous faisant geler…

Le tournage en rond à travers les pylônes….

Les pancartes arrachées…

Les directions changées…

La carte…perdue…

La noirceur totale…

La tentation de garder le moral…

 

Jusqu’au moment où Lucie pisse sur son sac et qu’un inconnu arrive sortant des bois (je ne pouvais me retenir de donner une tangente d’horreur)

 

Les randonneurs – La Vraie histoire : 

 

…..L’atmosphère ne semble pas tendue avec cette magnifique chanson, interprété de belle manière. Évidemment, dans nos forts intérieurs, le sentiment de doute plane, la panique est en attente et la hâte d’être au chaud persistante, mais nul ne dit mot. 45 minutes de marche passe …Lucie s’arrête et enlève son sac.

 

« Faut qu’j’pisse » dit-elle « Mais j’veux pas aller dans le bois…tournez-vous…j’vas me tenir après cet arbre là »

 

Nous nous tournons donc, pendant que Lucie évacue son stress. Matieu prend la parole.

 

« Hey Lu, j’pense que ta pisse coule jusque sur ton sac. » Malheureusement pour Lucie, elle a vraiment pissé sur son sac. Matieu s’obstinerait en disant que ma mémoire fait défaut, mais que voulez-vous, ça me stimule que Lucie pisse sur ses choses personnelles.

 

« hahahahah !» s’exclamons-nous.

 

Nous reprenons notre chemin, toujours dans le doute.

 

Matieu essaie d’éclairer la forêt à la recherche d’un chemin, d’une indication. Nulle indication…pas de chemin. Mon cœur bat à tout rompre, mes yeux donnent leur maximum pour trouver une échappatoire, à gauche il y a d’énormes arbres trop touffus et la forêt semble trop dense pour que l’on puisse passer au travers…à droite, c’est une clairière, de hautes herbes, si je ne me trompe pas, y’a un chemin là. Au même moment où je repère le chemin, Lucie s’époumone :

 

« Y’A UNE PANCARTE…UNE PANCARTE !!! »

 

On avance visiblement beaucoup moins fatiguée que 10 minutes auparavant, l’adrénaline étant le secret de tout maux,  nous avons maintenant espoir de ne pas coucher en cuillère. C’est une indication, juste là où j’avais cru voir un chemin.

 

- Refuge de l’anse à la boule 2 km -

 

« ouvre le chemin Lucie » dit Matieu

Lucie coupe dans le chemin qui traverse la clairière et éclaire devant elle tant bien que mal. Affolé par notre chance de s’en sortir.

 

Nous voilà rendu dans le bois. Nous sommes exténués.

 

« Lucie, Tu vas ouvrir la lampe de poche et tu vas éclairer le sentier, on va te suivre, il faut pas se blesser, On est pas loin du refuge Lu » Dit Matieu pour qu’elle garde espoir

 

Lucie acquiesce : « correct…correct, c’est beau Mat, on va s’en sortir…j’ai hâte d’être au chaud» Elle retrousse sa tuque et avant d’ouvrir la lampe de poche, Lucie s’assure d’un regard que nous sommes prêts.

Matieu et moi faisons signe que oui de la tête. Nous nous alignons, le sentier est très étroit et boueux, pour ne pas dire inondé. Lucie passe en premier, suivie de Matieu et je suis le dernier.

 

« GO ! » Lâche Lucie, elle allume la lampe de poche et avance rapidement.

 

Lucie marche hâtivement et nous la suivons de prêt, elle crie les obstacles qu’elle voit : « BRACNHE ! TROU D’EAU ! PONT ! BRANCHE ! ÇA GLISSE ! TROU D’EAU ! BRANCHE ! »

 

Cette escapade nous apparaît interminable. Nous avons de plus en plus froid, moi et Matieu tentons en vain d’éviter tous les obstacles, des échelles sur le sol, des pierres avec du lichen qui les rendent glissante, des trous d’eau…voire des rivières. Nous avançons à tâtons encore et encore. Lucie avance trop vite, elle s’éloigne.

« Attend Lucie ! »

 

Elle attend, et recommence à avancer. « BRACNHE ! TROU D’EAU ! PONT ! BRANCHE ! ÇA GLISSE ! TROU D’EAU ! BRANCHE ! »

 

Côliss ! On vas-tu arriver.

 

Nous courrons à vive allure, j’évite à l’aveuglette les obstacles que Lucie annonce, sautant un peu partout, perdant pied à quelques reprises, recevant constamment des branches au visage, comme ça pendant 10 bonnes minutes intensives, sûrement les plus intenses de ma vie

 

« Une intersection ! » Annonce Lucie 

 

On s’arrête. Pas d’indication.

 

« Par où on va ? » demande Matieu

Je réponds : « Je sais pas, Criss que j’suis écoeuré ! »

« On arrive là »

 

Nous tremblons de froid. On entend de l’eau qui coule. Nous décidons de suivre le son, c’est probablement la source d’eau du chalet. On bifurque donc vers la droite

 

Lucie toujours devant « BRACNHE ! TROU D’EAU ! PONT ! BRANCHE ! ÇA GLISSE ! TROU D’EAU ! BRANCHE ! »

 

« TABARNAK » lâche Matieu en voyant se petit tuyau noir suspendu qui laisse jaillir de l’eau. C’est de là que vient toute cette eau qui rende ce moment très désagréable. Pas de refuge à l’horizon.

 

« CRISS de CALICE de CRISS ! »

 

La tension monte

 

« HEEEEEYYYYYYY !!!!!!!! » Cris-je à en perdre la voix espérant que Prudence et Dany nous entende.

 

« HEYYYYYYYYYYY !!!!!!! » Encore une fois.

 

Nous ne bougeons pas pour entendre un bruit qui nous sauvera. Rien, que ce silence très troublant. On rebrousse chemin jusqu’à ce qu’on retrouve l’intersection. Nous prenons cette fois la gauche. Lucie ne dit plus les obstacles, on se fout bien des endroits où on marche, on avance avec furie.

 

« HEYYYYYYYY !!!!! » avec espoir

Silence

 

Tout à coup, un imperceptible bruit…un tout petit petit cri.

 

Matieu dit avec excitation « je les ai entendu »

Lucie qui se faisait jusqu’à maintenant muette s’époumone…et j’insiste sur le mot s’époumone…attendez….. vous ne comprenez pas, elle s’époumone ! « ON EST PERDUUUUUUU !!!!! »

 

Un frisson me traverse l’échine, l’espoir mélangé avec la peur qui peut maintenant évacué et ce cri de Lucie qui me glace le sang…Un moment d’une émotion extrême.

 

Silence, On n’entend plus rien. Tout à coup, encore cet imperceptible cri au loin.

 

Je me mets à crier…à m’époumoner à mon tour : « CRI ! CRI TOUT L’TEMPS !!!!»

Silence

« CRIIII »

Silence

« CRI TOUT L’TEMPS ! » Ma voix fausse tellement que je cris fort

 

Au loin «  hé ! » « hé ! » « HÉ ! » « HÉ ! »

 

On se rapproche, on avance , on arrive, on tremble, on à hâte, excités, soulagés !

 

VOILÀ !

Dany sur la galerie avec un porte-chandelle à la main. SEIGNEUR OUI ! Le refuge !

 

On entre dans le refuge. Prudence se met à piapiasser ! J’ai vraiment pas le goût de l’entendre cette voleuse de carte ! Je traverse le refuge et sort directement et furieusement sur la galerie, respirer, regarder la vue. J’entre dans le refuge.

 

Prudence me demande :  « T’es fâché ? »

« Ben, t’aurais pu nous laisser la carte !»

« Mais je l’ai pas »

« Anyway, osti, s’tait fou »

 

On relaxe un peu, on se met au chaud. Je demande à Lucie « Ça vas ? »

« Oui. » Dit-elle en se blottissant dans mes bras.

Elle tremble. Pour elle qui s’attendait à relaxer.

 

Matieu nous regarde, il ouvre une bouteille de rouge, je sable le champagne pour la fête à Prudence. Matieu lui, prend une casserole histoire de faire griller d’excellents steaks.

 

RE FIN

 

On a eu peur, s’était vraiment cool, avec du recul, déjà le lendemain, nous savions que ça allait être une grande histoire.

Le fait est qu’on ne s’est jamais vraiment perdu dans l’fond. On a seulement hésité plein de fois. Si on n’avait pas douté (et là je transforme le on en je, car c’est tout l’temps moi qui doutais) on se serait probablement rendu dans les temps !

 

Donc, la morale de l’histoire : « Pierre qui roule n’amasse pas mousse » J

Merci de m’avoir lu.

 

AH OUI ! J’oubliais. Évidemment, je voulais vraiment prouver que Prudence était la fautive pour la carte. Mais elle ne l’avait pas, elle n’était pas non plus resté à la voiture. En fait eeeee…. Comment vous dire….Ben …mon sac était neuf…. y’avait plein de poches pis eee…je les ai mal fouillé, j’étais stressé…..

 

J’avais en effet la carte ! OUPS !

Je l’ai caché, sachant bien que cet aveux allait devenir le punch final de cette chronique !

 

Sans rancune gang !

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